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Albert Camus face à la violence: À l'épreuve du "Siècle de la peur par Rémi Larue (review)

Translated title of the contribution: Albert Camus in the Face of Violence: Putting the "Century of Fear" to the Test by Rémi Larue (review)

Research output: Contribution to journalReview articlepeer-review

Abstract

Il suffit de lire certains des échanges entre Stepan et Kaliayev dans Les Justes (1949), pièce théâtrale d'Albert Camus qui dépeint le complot des révolutionnaires russes pour assassiner le grand-duc Serge, pour comprendre à quel point la légitimation de la violence peut constituer une question épineuse. Or, dans la mesure où l'on peut rapprocher la perspective de Kaliayev de celle de Camus luimême—à savoir que la violence, parfois inévitable, est toujours injustifiable—, l'ouvrage de Larue illustre à la fois les fondements et la difficulté de cette prise de position chez l'écrivain et nous invite à découvrir l'évolution de la pensée camusienne face à la violence. Notant comment les vicissitudes de la vie (tuber-culose, [End Page 201] instabilité professionnelle, rencontres) amènent Camus au "passage de la 'résistance morale' à la 'résistance active'" (31), Larue avance d'emblée que la transition entre le pacifisme et un rôle dans la Résistance n'est en rien contradictoire. Pour éclairer cette assertion, le critique puise tout au long de son étude dans les quatre lettres publiées séparément entre 1943 et 1945 et regroupées à la fin de la guerre sous le titre Lettres à un ami allemand, car Camus y aborde la problématique du consentement au meurtre et du coupable raisonnable: "contrairement à ce que nous pensions parfois, l'esprit ne peut rien contre l'épée, mais … l'esprit uni à l'épée est le vainqueur éternel de l'épée tirée pour elle-même" (34). Confronté, à son époque, à la notion répandue du "progrès" selon laquelle "la fin … viendrait justifier tous les moyens" (135), Camus y voit une forme de justice versant "dans un simple mimétisme de la violence aveugle subie" (47), ce qui finit par transformer la victime initiale en nouveau bourreau. Afin de ne pas sombrer dans ce cycle vicieux, l'auteur de L'Homme révolté propose d'allier morale et politique, et de maintenir alors une tension constante entre principes et action. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, Larue se penche donc sur le défi qu'il faut relever pour pratiquer une telle tension compte tenu de la réalité du temps. Car outre les pratiques absolutistes des régimes de Franco, Mussolini et Hitler, la guerre d'Algérie (1954–1962), avec les attentats à la bombe et le terrorisme du Front de libération nationale (FLN), occupe bientôt les réflexions d'après-guerre de Camus et l'empêche de formuler ses idées dans l'abstraction. D'où, par ailleurs, son reniement de l'absolutisme dans toutes ses formes qui va le faire critiquer à tort comme un partisan d'une non-violence absolue. Le portrait que dresse Larue de Camus aux prises avec la complexité du dilemme de la violence s'avère rigoureux et nuancé. Nous regretterons seulement que l'ouvrage soit structuré essentiellement de manière thématique, car, tout en reliant des idées centrales à la violence telles que le terrorisme, la nature humaine et le nihilisme, ainsi que des rencontres influentes et des polémiques significatives, Larue nous prive d'une chronologie qui aurait permis d'affiner notre compréhension des étapes successives des réflexions de Camus face à "la violence confortable" (12) dont il avait tant horreur.
Translated title of the contributionAlbert Camus in the Face of Violence: Putting the "Century of Fear" to the Test by Rémi Larue (review)
Original languageEnglish
Pages (from-to)201-202
Number of pages2
JournalFrench Review
Volume99
Issue number2
DOIs
StatePublished - Dec 2025

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